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LA CHRONIQUE du LUNDI

Guy Baillon





CHRONIQUE DU PASSAGE ENTRE LA PSYCHIATRIE D’HIER ET LA PSYCHIATRIE DE DEMAIN - (novembre 2006 à Avril 2007).

Entre Lucien Bonnafé et les jeunes de demain, déjà au travail aujourd’hui.

3ème ‘chronique du lundi’. Lundi 20 novembre 2006. Et si on parlait ‘réhabilitation’ ?

Revisiter les mots, et savoir écrire des poèmes… Lucien était maitre en l’art. A nous un peu :

« réhabiliter : rendre (à un condamné) ses droits perdus et l’estime publique, en reconnaissant son innocence ; ‘finalement on réhabilita Dreyfus’ » ; et « rétablir dans l’estime, dans la considération d’autrui » (le Robert).

Est ce bien le mot qui convient aux personnes qui ont présenté des troubles psychiques et qui, tout en souffrant, ont plus ou moins perdu leurs liens ? Est ce le mot qui convient au moment où l’on cherche avec elles à restaurer ces liens et en créer de nouveaux ‘dans leur quotidien’ ?

On revient de si loin en psychiatrie ? Les patients ont été à ce point flétris par la société ?

Mais alors on se trompe de coupable ! ce n’est pas le patient qui a commis un crime. C’est bien cette vertueuse société, c’est notre société qu’il faudrait s’efforcer de réhabiliter pour avoir ainsi pendant si longtemps et encore maintenant si ‘mal traité’ ses malades !

Ou bien on voudrait anticiper le nouveau crime qu’un ministre de l’intérieur veut commettre en novembre 2006, au nom de la sécurité d’un pays au dessus de tout soupçon ? Certes il n’est pas délinquant ce pays qui concentre les richesses entre si peu de mains, et laisse dans l’abandon ceux qui n’ont pu répondre à ses exigences d’ordre, de propreté et de ‘faciès’ bien photogénique sous tous les angles ! Délinquants, malades et sdf, condamnés et à réhabiliter !

 

C’était peu avant mon départ en retraite, nous avions invité dans le service, un père de patient membre du bureau de l’UNAFAM. Ce fut la douche froide. Nous voulions apprendre la difficulté d’être parent de patient, et voilà qu’à toute l’équipe il nous fait un procès de tous ces mots invalidants que nous employons en toute bonne foi. Moi même je m’étais fort intéressé un moment à cette grande association qui a été créée par des amis français et qui a pignon sur rue internationale : Association de Réhabilitation. Elle vient même de tenir une grande rencontre à Lyon il y a peu. Il parlait de la ‘clique des trois mots en R’, les deux autres étant : réinsertion, réadaptation. Ces mots sont condescendants, ils évoquent bien la France d’en haut qui se penche ‘généreusement’ sur la France d’en bas. Nous n’en voulons pas ! nous a t il dit.

Et en effet si nous tenons à mener à bien la révolution annoncée par la « politique de secteur », toujours pas réalisée, à peine annoncée, qui veut instituer d’autres rapports entre les malades et la société, dans l’attente de la mobilisation générale qui finira bien par arriver pour la faire cette révolution, nous pourrions préparer le terrain, et changer notre langage.

Il n’est pas question là de critiquer de quelque façon ceux qui se rassemblent dans ces grandes fêtes médiatisées, pour échanger sur les inventions des uns et des autres dans le but d’établir une continuité entre des soins et des actions sociales, ce qui est notre objectif aujourd’hui...

Je sais très bien ce qui m’attend, pour avoir ouvert ici ce qui pourrait être la boite de Pandore, à vouloir ainsi soulever le couvercle de tous ces mots. Et je sais que vont être attaqués le terme d’usager, et tout le langage nouveau qui se construit autour des situations de handicap.

Je suis prêt, j’attend de pied ferme, c’est indispensable. Nous avons un ménage considérable à faire autour de tous ces mots… Peut être qu’alors nous parviendrons à comprendre ce qui nous bloque dans notre difficulté à continuer à développer la psychiatrie de secteur.

Je vous ai laissés en panne au début de la réunion de service avec ce père que je viens d’évoquer. Moi qui voulais réconcilier psychiatres et les associations de famille ! Pire, il nous a dit qu’il n’aimait pas plus que l’on parle de ‘sentiment de culpabilité’, ni de ‘deuil’ : nous avons douloureusement compris que Freud a été bien mal ‘traduit’ auprès des familles. J’ai aussi commencé à comprendre que les psychiatres n’étaient pas encore prêts à en finir avec leur méfiance à l’égard des familles. De cela aussi nous reparlerons. J’attend vos poèmes…

A bientôt.                                                                               Guy Baillon


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