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LA CHRONIQUE du LUNDI

Guy Baillon





Docteur Guy Baillon, Psychiatre des Hôpitaux

CHRONIQUE DU PASSAGE ENTRE LA PSYCHIATRIE D’HIER ET LA PSYCHIATRIE DE DEMAIN - (novembre 2006 à Avril 2007).

Entre Lucien Bonnafé et les jeunes de demain, déjà au travail aujourd’hui.

13ème ‘chronique du lundi’. Lundi 29 janvier 2007. Les familles, l’UNAFAM et …

Chers amis. Je voulais parler du colloque de l’UNAFAM.

Je voulais prendre du temps pour ne pas écrire sous le coup de l’émotion des mots que je voudrais modifier demain. Mais l’actualité est là et demande une réponse de chacun.

Il y a eu un communiqué de presse de l’APM hier, datant il est vrai du 26, donc du jour avant le « théâtre » qui s’est déroulé ensuite. Et ce communiqué de presse est plein d’espoir : il présente ce qu’est venu expliquer le représentant officiel de la Direction Générale de l’Action Sociale la première matinée du colloque : la difficulté majeure que vit la Santé Mentale qui est la séparation entre le champ du soin et le champ de l’Action Sociale peut enfin trouver une solution (rappelons que c’est l’Etat lui-même qui a voulu et imposé cette séparation à la société par une loi du 31 décembre 1970 –cad. avant la seconde circulaire sur le secteur et en ignorant totalement la psychiatrie et ses projets-, séparation qui a été confirmée par les deux lois de 1975 sur le handicap, puis adoucie par les lois de 2002 de rénovation sociale et 2005 sur l’égalité des chances).

Le responsable ministériel Monsieur Trégoat est venu expliquer en début de colloque qu’avait été promulgué le 6 avril 2006 un décret créant « les groupements de coopération sociale et médico-sociale ». Ceux-ci vont pouvoir localement rassembler les établissements sanitaires et sociaux pour unir leurs efforts et les mettre au service d’une même population, et donc des patients-usagers qui dans la même journée ont, si souvent, besoin à la fois de soin pour leurs troubles, et d’appui social pour les conséquences subies dans leur situation de handicap en lien avec leurs difficultés psychiques et leurs traitements.

Bravo, voici une solution permettant de remettre en perspective le véritable objectif de la politique de secteur telle qu’elle a été pensée par ses auteurs. Les déformations qui sont venues la maltraiter dans la réalité ont été dues à cette décision administrative de séparer soin et social, et ensuite à la lourdeur de l’administration hospitalière à qui a été confiée le développement de la sectorisation ; et hélas cette administration ensuite n’a pas cessé de recentrer tous les soins sur l’hôpital, alors que la politique de secteur montrait que pour soigner il fallait tout sortir de l’hôpital.

Pourtant soyons clairs, tout n’est pas gagné avec ce décret, car l’expérience montre que dans les alliances et dans les conventions c’est toujours « le plus lourd » en termes financiers qui dirige…ici le plus lourd c’est bien l’administration hospitalière …qui ne devrait pas garder la mission de développer le secteur, puisque elle ne ‘sait pas’ travailler en dehors de l’hôpital…

Cependant il y a là un espoir…

Hélas, lors de ce colloque ce fut la douche écossaise. Ou plutôt ce fut le seul moment d’espoir, car après cette affirmation, tous les intervenants, à l’exception de deux, se sont évertués à dire que le secteur et la psychothérapie n’étaient pas de bons outils ; pour la direction de ce colloque seul le cognitivisme est un bon traitement, et le vrai cadre de la psychiatrie de service public est le « réseau » de 600.000 habitants (anonyme et inhumain).

La décision « politique » de l’UNAFAM a été de manifester son agressivité envers les psychiatres du service public de secteur (sauf un), de ne s’appuyer que sur des universitaires orientés vers le cognitivisme et sur les réseaux. J’ai vu hélas quelques collègues du public prendre fait et cause dans le même sens et tourner le dos au secteur ce jour là.

Que s’est il passé ? J’ai eu le privilège pendant 3 ans, jusqu’en juin 2005, au lendemain de ma retraite, de réfléchir et d’écrire sur la psychiatrie, dans la proximité du bureau national de l’UNAFAM, et j’en étais sorti ému ; ému de la souffrance des familles portant seule pendant des années la souffrance de leur enfant avant le début d’un traitement, ému de voir de si nombreuses familles isolées, non entendues par nos équipes, si souvent refoulées par elles. J’avais eu auparavant dans notre équipe l’expérience de la difficulté de nouer des liens avec certaines familles dans la mesure où la notion de troubles psychiques les faisaient trop souffrir, tellement la société stigmatise tout ce qui est du côté de la psychiatrie ; mais j’avais été convaincu de la richesse que peut apporter le lien avec les familles dès le début des soins, et avec l’expérience de l’Accueil nous nous étions donné comme règle d’accorder une place prioritaire aux familles dès le début de nos rencontres ; nous avions compris aussi qu’il était possible de soigner un patient à distance, en écoutant la famille seule pendant des mois entiers avant d’instituer un soin ; nous avions compris l’intérêt des groupes de parents pour les jeunes psychotiques surtout ; nous avions apprécié largement la pertinence des soins à domicile.

J’étais donc persuadé qu’un rapprochement était possible si nous expliquions aux familles que les psychiatres venaient de loin car ils avaient été formés jusqu’en 1990 à la nécessité de séparer patients de leur famille, et à les isoler, puis à ne parler qu’aux patients ; ce n’est que récemment que la formation a invité les psychiatres à ne plus avoir peur des familles et au contraire à souhaiter leur collaboration. C’était possible si nous faisions passer aux psychiatres l’importance de la souffrance des familles, et la qualité de leur compétence acquise au fil des années, la famille restant le milieu connaissant le mieux les patients et la ressource la plus importante sur tous les plans, mais surtout sur le plan relationnel…

Mais lors de ce colloque nous avons eu le sentiment d’une véritable déclaration de guerre contre le service public

Que s’est il passé ? Quels ont été les conseillers de leurs dirigeants ?

Nous avons remarqué aussi avec douleur que les associations d’usagers-patients qui depuis 2001 étaient les plus proches alliés des familles, ne méritaient plus à leurs yeux aucune considération pendant ce colloque.

Que s’est il passé ?

Dans le même temps nous percevons que l’UNAFAM devient plus forte, plus riche, croit être plus entendue au ministère ? Le Pouvoir lui aurait-il tourné la tête ? devant 1300 participants.

Il est évident que la souffrance des familles est indicible ; il est vrai que les familles se sentent en rivalité avec les équipes, et que celles-ci se sont souvent montrées comme les seules capables de comprendre les patients, et ayant pour rivales les familles.
Ainsi les familles courent le même danger que nous avons connu comme soignants : de croire être les seuls à pouvoir parler à la place des patients.

En fait seuls les patients peuvent tirer les familles de ce mauvais pas, de cette tentative de toute puissance.

Peut être y a il un enjeu :

-d’un côté certains psychiatres en prônant les méthodes cognitivistes ont entraîné les familles à ne croire que dans la force des programmes éducatifs, ainsi ils mettent en échec tout ce qui amène un peu de doute c'est-à-dire un peu d’humain, alors les familles s’engouffrent dans ce faux espoir. Mais n’est ce pas du charlatanisme pur chez certains d’entre nous ?

-de l’autre l’expérience toute nouvelle des GEM les groupes d’entraide mutuelle : ils auraient du se développer de façon égale entre unafam, fnappsy, croix marine ; ils sont en fait de façon très largement majoritaire entre les mains des familles ; celles-ci voudraient en garder la maîtrise, ne pouvant penser que les usagers, leurs enfants, se montrent capables de les tenir. Nous savons que si c’est là l’avis de la direction de l’unafam, beaucoup de familles pensent le contraire. Nous savions qu’il y a plusieurs ‘écoles’ chez les usagers. Et malgré la présence d’une seule association de familles nous savons qu’il y a plusieurs écoles de pensée aussi parmi les familles, mais elles n’arrivent pas à faire entendre le diversité de leurs voix.

Y aurait il un groupement de sages capable de redonner la confiance mutuelle à tous ces partenaires en train brutalement de s’entre déchirer ?

Une fois encore une solidarité générale est indispensable. Qui en sera acteur ?             gb


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