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Les JOURNECRITURES

Atelier  Ecritures de la folie


A chacun sa façon de décrire et de raconter la psychose.
La santé mentale est un état qui permet à l’homme de trouver, de maintenir, de préserver un équilibre émotionnel et social, c’est aussi avoir un sens de la vie pour assumer la réalité de l’existant et apporter des réponses adaptées aux besoins de santé en respectant l’individualité et la personnalité.
La contrainte imposée à cet atelier dont le cadre était l’église de Montéglin était d’utiliser certains mots que le lecteur retrouvera dans les différents textes.


Et si c’était moi 

Prisonnière de mon délire, je suis dans l’enfermement
Se replier sur moi-même, se taire, faire silence
Y a-t-il trouble de l’identité
Conscience de soi  Partiellement. Attendre, dire, ne pas dire au psychiatre
Hallucinations visuelles, auditives. J’entends une voix que les autres n’entendent pas.
On devine mes pensées
Se comporter d’une façon bizarre et imprévisible qui amène le soir plus de baisers, lit de feuilles mortes
Evolution vers un déficit et une dissociation de la personnalité. Ai-je encore mes propres ressources 


Nicole G.T.



Mes confessions


Lors de mes balades sur la plage, le bruit des
Vagues m’est apparu comme un apaisement de
Langage et paradoxalement la MER (sans «), est
Devenue mon élément de confession. Il n’y a
Alors qu’une chose à faire  SE TAIRE.


Mon point de passage à mes confessions passe
Par le silence et la réflexion entre la réalité
Et ma réalité.

Puis je n’ai que mon regard pour y accéder.
Et lorsque je sens que l’obscurité est dans le
Jour, j’ai envie de pleurer, de crier tout ce
Qui est au fond de moi pour pouvoir enfin
Atteindre l’apaisement de mon âme torturée

Une fois traversé ce territoire, je prends des
Chemins de conversation ou de silence avec cet
Elément. MER qui peut-être à la fois fascinant
Et effrayant.

Les couleurs ensoleillées et les odeurs iodées
De ma confidente maritime me font alors
Voguer vers de nouvelles pensées lorsque je
M’exerce mille et mille fois à faire et à
Défaire le «
était une fois », pour refaire
Le MONDE.



Fait à Laragne,
Le 07/06/2001
CHRISTELLE
DEI
Hôpital de Jour Nice





Depuis bien longtemps
Je ne vis plus chez mes parents
J’ai choisi de vivre ma vie
Celle dont j’avais envie

Avec mes parents
Nous avons pris des chemins de conversations ou de silence différents
On n’en revient jamais entier
Le premier pas est dur à s’imposer

Leur langage est bloqué
Mon langage est manqué
J’aimerais tellement leur dire ce qui me ronge
J’aimerais tellement libérer les songes

Je suis dans l’enfermement
Je n’en ai plus pour très longtemps

Sur papier, je souhaiterais écrire mon bonheur
Mais les mots m’en éloignent
J’aimerais tellement exorciser mes peurs
Mais je stagne

Toute l’obscurité est dans le jour
Rien ne s’échappe de cette lumière
Est-ce qu’il auront compris un jour
Le sens même de cette phrase meurtrière 

Aucun baiser le soir, aucune tendresse, seulement le lit
Sachez mes parents que je ne conçois pas ma vie ainsi

Se taire, faire silence pendant des heures
J’ai assez endossé cette lourdeur
Ma vie est ainsi faite
Mais elle n’en est pas pour autant une défaite
Ma rose est dans l’étoile
Et elle ne s’en porte pas plus mal

J’ai tellement envie de vous écrire
Mais il y a seulement si peu à dire
Mon brouillon est un apaisement de langage
Peu à peu, j’oublie ma rage

Quelque fois je me dis
Que le monde est sous nos pieds
Le meilleur des mondes ...
Ces peuplades minuscules
Ne se prennent pas la tête avec les Sentiments.



Kathy D.
IDE sur l’hôpital d’Uzes


Où est le premier jour, où est la première nuit  Alternance dont rien n’est le centre. Ces jours où, tant bien que mal il faut s’orienter ; ces nuits où je retourne plus aveugle encore. Et pourtant je cherche ; mais quoi  Pourquoi écrirais-je sur le territoire déjà vécu quand il n’y a souvent que peu à dire  Je me contente d’emprunter des chemins de conversations et de silences où tout est toujours à convoquer sachant que l’imperceptible reste notre seule et souriante complicité et qu’il y a ce qui se rapproche de moi à petits pas chaque jour, chaque nuit. Au dernier jour, à la dernière nuit, j’irai simplement me coucher au centre de ce qui se passe.


Catherine SENELLE.



Rencontre


Lorsque je l’ai vu la première fois, j’ai d’abord remarqué son visage, son sourire. Petit à petit je percevais une respiration profonde, calme. Un bien-être m’entourait/
Plus tard, en grandissant, je ne le regardais plus, je ne l’écoutais plus.
Que s’était-il passé  La symbiose n’existait plus. Il parlait, parlait  dire et ne pas dire étaient ses seules références. Références par rapport à qui  A quoi  Tout cela m’ennuyait. Dans le jour c’était l’obscurité, les mots se faisaient, se défaisaient. Je ne comprenais plus.
Un jour pourtant, en me promenant dans un endroit paisible et somptueux de beauté, j’eus l’inspiration, l’inspiration que l’imperceptible était notre seule nécessité  je n’écoutais plus les autres mais je m’écoutais MOI. Mais, m’étais-je déjà réellement écouté 
Et là, j’entendis les mots, Mes mots, cette respiration. Ma respiration, ma plénitude, mon bien-être oublié.
Depuis je ne cesse de lui parler, de le comprendre et de me comprendre. Et bientôt, c’est dans l’obscurité que je vis le jour et dans le jour que je vis la lumière. C’était merveilleux.
La vie s’illumina, je vis des gens heureux. C’était fabuleux. Il me souria à nouveau et je souriais aux autres.
Cette rencontre avec lui, avec elle, me révéla. Mais au fond, qui était-il  D’où venait-il 
Il me ressemblait et je crois bien que c’était moi.



Dominique Oziol
Hôpital de Puget.




Une façon de ne pas dire


Il était une fois, je. Je, à la recherche, du seul point de passage, du seul lieu où me cacher au centre de ce qui se passe. Je l’ai encore perdu  Toujours cette fâcheuse habitude d’oublier  panique ... Un monde est sous nos pieds mais le sol se dérobe sous le pas lourd de l’angoisse.
Je cherche encore. Quelque chose qu’on a laissé tomber. Une clef, peut-être ... Dans le va-et-vient des petites choses, j’ai perdu le sens de l’avant et de l’après, de l’ici et de l’ailleurs. Tant bien que mal, je retrace de mémoire le territoire déjà vécu, les coins et les recoins d’un présent qui s’échappe. Où est passé le sésame qui ouvre la porte de l’imaginaire  Les mots m’en éloignent. Il suffirait sans doute de la présence de quelqu’un ou de l’absence de tous pour donner encore. Donner du sens à ce qui s’écrit sous mes yeux, à cette histoire absurde qui commence et finit par ... Il était une fois ...


Véronique
C.M.P. Vaison La Romaine





Un petit poème dont rien n’est le centre. Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne, je partirai vois-tu. J’irai vers l’homme qui se penche, qui se penche sur ce qui est plus penché que lui. Aucun baiser, aucune tendresse. Sois sage, ô ma douleur, tu réclamais le soir, le voici, une atmosphère obscure enveloppe la cellule. Je me souviens des jours anciens et je pleure.
Il y a comme un sourire dans ma main. Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course des rimes, mon auberge était à la Grande Ourse ; la rose dans l’étoile. Je me baissais pour cueillir un coquelicot sur un talus. C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent. On prend des chemins de conversation, après on n’en revient jamais entier ; un soldat jeune, bouche ouverte tête nue et la nuque baignant dans le frais cresson, Dort. Les parfums ne font plus frissonner sa narine. Il a deux trous rouges au côté droit.
Je vais me cacher au centre de ce qui se passe. Il y avait de quoi faire. Il était une fois, une petite fille qui courait après le bonheur. Le bonheur est dans le pré, cours y vite, cours y vite ; le bonheur est dans le pré, cours y vite. Il a filé.
Ce sont amours que vent emporte et il ventait devant ma porte, les emporta.




Dominique
Unité GérontoPsychiatrie Le Soustet
Vaison La Romaine