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APPEL DE BONDY - un an après - MARS 2000 - MARS 2001

" POUR LA PSYCHIATRIE DE SECTEUR, EN SON 40° ANNIVERSAIRE "

Que s'est il passé en an ? Grâce à chacun des signataires, l'Appel a circulé dans tous les milieux et dans tous les départements (ou presque), en psychiatrie, et dans le tissu social environnant. Il rassemble plus de 800 signatures et rencontre une large adhésion. Des associations diverses nous ont fait part de leur intérêt : les CEMEA, la Croix Marine, la CGT, la Santé Mentale, tout en demandant que l'on se rassemble et que l'on travaille un texte plus large avec tous les partenaires. Texte source. Les signataires de l'Appel de Bondy ont voulu se saisir de la date anniversaire de son écriture pour proposer une réflexion de fond qui jetterait les bases d'une REFONDATION claire et forte de la psychiatrie de secteur. Il est temps d'affirmer que la psychiatrie de secteur est centrée sur la personne et sur ses liens

Depuis un an une des 4 demandes principales de l'Appel a été satisfaite : en juillet 2000 a été créé au Ministère un Bureau de la Santé Mentale constitué de 10 personnes. Son responsable a accepté de nous recevoir, ayant été sensible aux questions soulevées dans l'Appel. Nous pouvons témoigner que ce bureau se montre ouvert. Quel pouvoir aura-t-il et quelle sera son orientation ? Les autres demandes sont restées sans réponse : la disparition programmée des psychiatres, l'annulation du diplôme infirmier psychiatrique, la persistance des évaluations du travail quotidien, le PMSI, l'accréditation, et l'insistance de réponses mal adaptées comme le réseau, l'hôpital général, l'intersecteur, demeurent inchangées.

Lors de la réécriture de l'Appel, en janvier 2001, est publié le rapport de la Cour des Comptes sur " l'organisation des soins psychiatriques " établi pendant l'année 2000. Il effectue ce que nous demandions de tous nos vœux : une évaluation de l'application de la politique que soutient l'Etat en psychiatrie. Son constat apporte un blâme sévère à l'Etat reconnu responsable d'un immobilisme total pendant ces dix dernières années ; les grandes critiques sont renouvelées : hospitalocentrisme soutenu, disparités aggravées entre les secteurs, et augmentation de moitié des hospitalisations sans consentement. La réponse du Ministère est navrante, mais vaut d'être connue, car elle nous promet le pire, ce sont les signes de sa méconnaissance du terrain : -le rattachement des secteurs à l'hôpital général et l'intersectorialité (qui vont renforcer l'hospitalocentrisme et diminuer le travail de secteur) -la modification du découpage des secteurs pour se rapprocher de celui des cartes sanitaires (qui promet la mise en miettes de l'existant), - absence de réponses sur les psychiatres, sur les infirmiers, sur les articulations entre la psychiatrie et le champ social.

POUR UNE REFONDATION

" Une psychiatrie de secteur recentrée sur la personne et sur les liens de la personne.
"

I - L'apport de la psychiatrie de secteur pendant ces 30 ans a été de centrer toute son énergie sur la transformation des établissements psychiatriques, et elle a déployé ses efforts dans deux directions, complémentaires, mais très différentes en termes d'objectifs : la création de structures intermédiaires accessibles dans le tissu du secteur, et l'humanisation des hôpitaux psychiatriques. Ont été ainsi précisés quels pouvaient être les meilleurs outils de soin :créer hors des hôpitaux des unités de petite capacité, accessibles, ayant des objectifs cliniques diversifiés, limitant la place de l'hospitalisation temps plein à une part inférieure au tiers de l'activité de l'équipe, l'ensemble étant l'objet d'un fin travail d'articulation autour de chaque patient.

Mais l'Etat n'a pas joué son rôle de planificateur parce qu'il n'a pas cru dans la pertinence de la politique de secteur. D'abord il n'a pas modifié la disparité de départ des moyens psychiatriques due à la répartition inégale des hôpitaux psychiatriques en France. En l'absence d'une réelle impulsion de l'Etat les créations et les changements se sont faits ensuite sous l'impulsion locale. Les évolutions innovantes ont été le seul produit de la convergence locale de militants en nombre suffisant et dans toutes les professions. Ces deux facteurs expliquent les inégalités actuelles entre les équipes ainsi que la part privilégiée laissée à l'hôpital dans l'activité de la plupart des secteurs, jusqu'aux déviations que sont les structures extra hospitalières construites …en intra hospitalier ! et donc " protégées " à l'écart de la ville ! Le constat est du même ordre à l'égard du tiers des équipes de secteur rattachées aux hôpitaux généraux : leurs services sont souvent relégués en situation d'exclusion, au lieu d'être immergés dans la vie de la ville, et leurs moyens humains sont toujours insuffisants. Dénonçons le fait que le rattachement des secteurs à l'hôpital général, ainsi que l'intersectorialité, ont pour conséquence la perte de plus d'un tiers des soignants du secteur lors de l'opération. Le résultat est l'hospitalocentrisme, favorisé aussi par l'intersectorialité, et au total une écoute peu attentive des demandes des habitants. Le militantisme, qui a été responsable des acquisitions de la sectorisation, n'est pas de force à s'opposer à cela. Ce militantisme est fait seulement de l'attention à l'homme, intégré dans sa cité, et se concrétise par le travail en équipe, son élément fondateur.

Deux autres résultats négatifs graves sont à dénoncer, ce sont l'augmentation du nombre des hospitalisations sous contrainte, et surtout, sur le plan clinique, le désintérêt d'une question fondamentale : la question du début des soins en psychiatrie. Ce besoin n'est perçu que lorsqu'une équipe se montre disponible, comme dans un centre d'Accueil ouvert 24/24 en ville. A partir de là se développe une action de prévention forte diminuant les besoins en structures lourdes et associant au soin les diverses personnes de l'environnement de chaque patient. Cette DISPONIBILITE permanente et sans filtre, que demande la population, ouvre à une psychiatrie en phase avec son environnement.

Nous sommes tous en même temps responsables d'une autre dérive : la psychiatrie de secteur est trop souvent présentée seulement comme une organisation administrative ! Rappelons avec force qu'elle s'est constituée pour s'opposer à une culture aliéniste, prétextant la maladie pour désigner le fou comme un être à part de l'humanité raisonnable. Elle a été fondée sur une base humaine : pour aborder la souffrance et les troubles du patient, la psychiatrie de secteur prend au préalable en considération l'homme, l'homme en relation avec l'autre, l'homme dans sa cité.

II - Cette refondation de la psychiatrie de secteur est nécessaire, elle s'appuie sur deux actions : d'une part, la réalisation par l'Etat, dans un délai proche, de l'éclatement des hôpitaux psychiatriques en les reconvertissant en structures diversifiées avec un " pôle de disponibilité permanent " et un service d'hospitalisation modeste hors hôpital, au sein du secteur : l'Etat réalisera ainsi la condition première de la psychiatrie de secteur : l'accessibilité ; d'autre part, la liberté reconnue pour chaque équipe de secteur d'élaborer une réflexion clinique fondée sur la continuité des soins et sur le travail avec le contexte.

La continuité des soins est la perspective de pensée des soignants qui permet de proposer des soins successifs utiles au patient, en établissant les articulations judicieuses avec son entourage. Les outils de ce travail doivent être forgés par une capacité psychothérapique approfondie. Parmi ces outils, certains comme l'attention portée aux passages entre deux soins, sont d'une particulière efficacité. Habileté psychothérapique et passages doivent être l'objet d'efforts de formation renouvelés. L'ensemble étant guidé par le souci d'établir une cohérence dans le travail qu'une équipe de secteur déploie au long cours pour un même patient.

Le travail avec le contexte du patient n'est pas inclus dans la formation actuelle, et pourtant c'est grâce à la facilité avec laquelle des soignants vont approfondir leurs relations avec l'entourage des patients que la psychiatrie peut évoluer : travailler sur les liens qui permettent à la personne de se sentir reconnue comme membre d'un groupe et y jouer un rôle qui l'aide à s'épanouir. Connaissance du tissu relationnel propre à chaque patient, et nécessité de s'y adapter. Les soignants peuvent alors déployer toute leur énergie à une activité psychothérapique centrée sur la personne et sur ses liens avec son entourage. Une telle refondation, pour être efficace et pertinente, doit faire l'objet d'un effort convergent entre les différents acteurs du champ sanitaire et social, entre le service public et les associations faisant fonction de public et un certain nombre d'acteurs du privé.

Ces efforts seront vains, si ne sont associés des accueils aux problèmes de la vie quotidienne faisant intervenir en complémentarité des acteurs sociaux, pour l'hébergement, l'insertion professionnelle et culturelle, l'accompagnement quotidien de certains patients. Les relais que représentent les Associations sont ici totalement indispensables, l'Etat doit les aider à dépasser leurs difficultés de financement.

En un an la menace est précisée, l'Etat doit se charger de la fermeture des HP et de l'organisationnel de la sectorisation libérant les équipes de secteur ; celles ci se consacreront à la clinique d'une psychiatrie centrée sur la personne et sur ses liens.

Cet Appel de Bondy 2001 est proposé à votre signature par les personnes suivantes : Baillon, Chaltiel, Delion, Gigou, Karavokyros, Vaiva, Chaigneau.

A adresser au CPBB, 15 voie Promenade, Bondy, 93.147

NOM

prénom

profession

adresse

signature

date :

soit par Email Appelbondy2000@aol.com
Et à transmettre de ville en ville...


nous contacter:serpsy@serpsy.org